Confidences de maman : J’ai l’impression que l’on m’a volé ma grossesse !

Confidences de maman : J’ai l’impression que l’on m’a volé ma grossesse !

Publié le 20/05/2021
Catégories : Bébé à l'hôpital , Bébé grandit , Etre parents de prématurés

Lauriane et son mari nous racontent leur histoire, celle de devenir parents avant l’heure et pendant la crise sanitaire de la Covid-19. Hugo est né à 34SA.

Quelles sont les dates qui ont marqué votre maternité ?

Il y a en a beaucoup, mais les dates les plus marquantes sont :

  • Le 29 février est le jour où tout a basculé : une simple écho de routine, je suis seule, et là, catastrophe ! Mon col est raccourci, ce n’est pas normal du tout, ma gynéco décide de m’arrêter pour toute la fin de ma grossesse. Je suis à 19sa et je ne suis pas du tout préparée à ça psychologiquement. Cela a été un énorme coup de massue. J’apprends également que je dois rester alitée jusqu’à mon terme qui est alors prévu au 9 août. Ce jour-là, le monde s’écroule, et ce que je redoutais le plus dans ma grossesse m’arrive finalement…

  • Le 11 mai, nouvelle échographie de contrôle suite à mon alitement, mais surtout : jour de déconfinement pour la France lors de cette pandémie mondiale. Mon col est de nouveau raccourci malgré un alitement total, confinement oblige. Je suis envoyée aux urgences maternité où je resterai 24h. Pour la première fois, on m’évoque le terme MAP (Menace d’Accouchement Prématuré).

  • Le 25 mai, deuxième date où tout bascule : nouvelle écho de contrôle, mon col est raccourci à 4mm, et on note un RCIU. La gynéco est même inquiète et décide d’écouter le cœur. Heureusement, tout va bien, mon bébé est vivant, pas de fausse couche. Mais ma situation devient très inquiétante et je suis de nouveau envoyée à la maternité de ma ville où l’on m’annonce qu’au vu de mon état et de mon terme, il me faut une maternité de niveau 3. Je suis envoyée à 45 mins de chez moi dans un CHU. 

Je reçois également des piqûres de corticoïdes afin de rendre les poumons de mon fils plus matures. On m’annonce que je resterai hospitalisée jusqu’à l’accouchement : énième coup de massue. Au final, je ressors au bout de 8 jours.

  • 14 juin : je ressens des contractions depuis 2 jours, qui passent, puis reviennent, et qui n’étaient pas douloureuses. Cependant, depuis quelques heures, elles finissent par le devenir, le bain ne les apaise pas, on part à la maternité de notre ville, et là, le choc : “Madame, vous êtes ouverte à 1, on ne peut pas vous garder. Vous repartez de suite au CHU, nous appelons l’hélicoptère”.

Cette fois, c’est confirmé, je ne ressortirai plus avant d’avoir accouché !

Vous avez vécu votre grossesse et votre accouchement en pleine crise sanitaire, est-ce que cela a été une source d'inquiétude supplémentaire pour vous ?

La crise sanitaire, en plus d’être une source d’inquiétude, est encore une source de frustration et de colère pour moi car j’ai tout simplement l’impression que l’on m’a volé ma grossesse. Le plus dur a surtout été pour le papa qui n’a pas pu assister aux échographies, et qui me voyait partir de la maison la boule au ventre, et revenir en pleurs à chaque mauvaise nouvelle. Les visites à l’hôpital étaient donc interdites (sauf pour le conjoint) et les 6 semaines d’hospitalisation ont été très très longues. J’ai l’impression d’avoir vécu un confinement dans un confinement.  Quasiment personne ne m’a vue enceinte dans mon entourage. Enfin, j’ai beaucoup culpabilisé de mettre un enfant au Monde dans ce contexte si particulier.

Hugo est né à 34SA, vous n'avez pas pu le voir tout de suite. Qu'avez-vous ressenti à ce moment ?

Tout est allé très vite, et j’ai à peine eu le temps de réaliser que j’avais accouché que mon bébé était déjà dans une autre pièce. Je n’ai pu le voir qu’au bout de deux longues heures, 2 petites minutes dans les bras le temps de faire une photo et j’ai vu sa couveuse disparaître dans le couloir. Cela a été un déchirement. J’ai eu l’impression qu’on m’enlevait mon bébé, que je l’abandonnais. Le plus dur, et j’en ai encore les larmes aux yeux en écrivant ces lignes, a été de voir le berceau vide dans le couloir devant la porte lorsque l’on m’a ramenée à ma chambre. J’entendais les bébés pleurer dans les chambres voisines, et dans la mienne régnait un silence très lourd et mon ventre me paraissait vide et sans vie. C’était une situation assez surréaliste : j’avais accouché, mais je n’avais pas mon bébé avec moi. Difficile de revenir sur Terre et de réaliser complètement la folle aventure que nous venions de vivre.

Quel a été le parcours d'Hugo pendant l'hospitalisation ?

Nous avons eu la chance d’avoir un bébé prématuré en très bonne santé : 2,4kg pour 46cm,alors qu’on m’avait annoncé 1,8kg 3 jours avant. Hugo est resté en réanimation néonatale, en couveuse avec sonde nasogastrique pour le nourrir, une perfusion, et un masque d’air. Il a gardé ce dernier moins de 24h et n’a pas eu besoin d’oxygène. Au bout de 48h, il est passé en berceau chauffant et nous avons pu intégrer l’unité Kangourou où nous sommes restés presque 3 semaines, jusqu’au 12 juillet.
Hugo a pris son premier bain le jour de ses 2 semaines, a gardé la sonde jusqu’au 10 juillet car il n’arrivait pas à téter, puis nous avons tenté le biberon et tout s’est mis en place tranquillement. Il a également fait un petit tour en luminothérapie pendant toute une nuit à cause d’une jaunisse persistante.

Comment avez-vous vécu cette période d'hospitalisation ?

Pour ma part, je l’ai très très mal vécue. J’ai été rongée par l’inquiétude, l’angoisse, mais aussi l’injustice, et surtout, l’impuissance. Je me suis sentie coupable de ne pas avoir réussi à mener ma grossesse à terme, en me disant que c’était de ma faute car j’avais hâte d’accoucher afin de ne plus souffrir de cette grossesse difficile.

La chute d’hormones a été terrible, j’ai beaucoup pleuré car je me suis sentie terriblement seule, le papa ne pouvant pas venir tous les jours, les visites interdites, et le personnel soignant étant beaucoup trop débordé pour passer trop de temps dans les chambres.

J’ai essayé d’allaiter et cela a été un fiasco terrible : je me suis sentie totalement abandonnée et surtout, j’ai ressenti une pression abominable de la part de certains membres du personnel. J’en venais à avoir des coups au cœur lorsque j’entendais toquer à ma porte.
J’ai beaucoup envié les autres futures mamans que je voyais faire du sport, bricoler, passer du temps avec leur entourage, pendant que j’étais seule, bloquée dans mon lit.

Le papa :
Ce fût un moment très difficile, presque un cocktail explosif ( hospitalisation + confinement) ça ne fait pas un bon mélange. Cela a été très difficile en effet, autant pour Lauriane que pour moi. Pendant cette période, plus rien d’autre n’avait de valeur à mes yeux hormis Lauriane et mon enfant à venir. Quand je retrouvais Lauriane à l’hôpital je ne montrais pas mon inquiétude, je ne voulais pas lui transmettre “d’ondes négatives”, elle n’avait pas besoin de ça. Je faisais le maximum pour qu’elle se sente bien, et que nous passions de bons moments. Cela a renforcé notre relation c’est certain.

Quels sont les meilleurs moments que vous gardez en tête ?

Incontestablement : mon accouchement ! Si j’ai eu une grossesse très difficile, j’ai eu un accouchement de rêve, rapide et sans douleur. Cela s’est passé si vite que je regrette parfois de ne pas avoir plus immortalisé les quelques heures de travail, voire, l’accouchement en lui-même. J’ai également en tête le premier bain de mon fils, une nuit où le papa a pu rester dormir avec nous, le retrait de la sonde, et puis obligatoirement : notre sortie de l’hôpital.

Photo personnelle

Comment se porte Hugo aujourd'hui ? Et vous ?

Après une opération le jour de ses deux mois, un muguet coriace, et un sommeil extrêmement perturbé, Hugo va très bien aujourd’hui. Il a du caractère, mais c’est un bébé sourire, très câlin, très sociable. Il ne garde absolument aucune séquelle de sa prématurité. Depuis sa naissance, il nous a donné de belles leçons de vie et de combativité, à son papa et moi. De notre côté, nous allons bien également, et cette expérience difficile de la vie nous a soudés et rapprochés comme jamais.

Le papa :
Nous nous portons bien, ce fut une période difficile pour nous ainsi que pour nos familles. Malheureusement, au fond de nous, nous sommes marqués à vie. Il m’est arrivé une ou deux fois d’en parler à mes amis proches, et c’est toujours pareil, l’émotion refait surface. Heureusement, tout s’est terminé correctement, nous menons notre vie de parents, et Hugo ne manque pas d’amour. Par ailleurs, je voulais rajouter quelque chose à ce témoignage. Je l’ai dit plusieurs fois à Lauriane, mais il faut qu’elle sache à quel point je l’admire, tout ce qu’elle a traversé durant cette période, elle n’a jamais reculé, bien que c’était difficile. Elle a tendance à minimiser tout ça, mais elle peut être fière d’elle, elle a surmonté cet obstacle comme une reine !

Avez-vous réussi à "tourner la page" ?

Pour ma part, malheureusement non, pas totalement. Je suis encore très triste, très frustrée de cette expérience, j’ai encore beaucoup de mal à en parler sans pleurer.
Je pense que toute situation similaire est compliquée, mais la crise sanitaire n’a rien arrangé et nous a enlevé le peu de choses qui nous auraient fait du bien comme les visites de nos proches par exemple. J’ai vraiment l’impression que l’on m’a volé ma grossesse, de A à Z, et j’en souffre encore beaucoup aujourd’hui. Mais cela finira par s’atténuer avec le temps, j’y crois.

Connaissiez-vous Gaspard&Alice ?

J’ai connu Gaspard&Alice lorsque j’ai commencé à me renseigner autour de la prématurité, et j’ai tout de suite adhéré. J’avais d’ailleurs repéré le livre “Petit mais Costaud” que j’ai tout de suite mis sur la liste des choses à acheter pour Hugo. C’est vraiment important pour les parents de pouvoir trouver des réponses à leurs questions et de se sentir compris.

Merci infiniment de m’avoir donné la parole ! :-)



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Laly a commenté le 24/05/2021

Ont vous aime et Hugo est notre bébé d'amour. Bonheur et plein de belles choses... Bientôt les 1 an de notre loulou !

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