Confidences de maman : J’ai accouché prématurément à 760km de la maison

Confidences de maman : J’ai accouché prématurément à 760km de la maison

Publié le 01/04/2021
Catégories : Bébé à l'hôpital , Bébé grandit , Etre parents de prématurés

Sandra et son mari habitent dans le Sud de la France, ils attendent leur 3ème enfant. Ils passent un week-end romantique à Paris pour l’anniversaire de Sandra, mais il y a des complications. Sandra est hospitalisée et doit rester quelques jours en surveillance. Sur les conseils du médecin, son mari rentre dans le Sud pour retrouver les 2 aînés de la famille. Mais l’imprévu s’invite, Sandra nous raconte son histoire..."ma vie, mon oeuvre" !

Je m’appelle Sandra et je suis maman de 3 enfants, Nathael 6 ans, Aubeline 4 ans et Mélissa 3 ans, arrivée en avance au rendez-vous de sa naissance en janvier 2018, à 760km de la maison ! 

La naissance de Mélissa 

Ma grossesse se passait super bien, les maux du 1er trimestre étaient passés et je me sentais en pleine forme pendant le 2ème trimestre, très sereine quant à la naissance de notre 3 ème bébé.

Pour mon anniversaire, mon mari nous avait organisé un merveilleux week-end en amoureux à Paris. Nous avions laissé nos deux aînés, alors respectivement âgés de 3 ans et d’1 an chez leurs grands-parents, à Montpellier.
Alors que nous nous étions sur le chemin de la gare afin de rentrer à la maison, c’est l’hémorragie. Nous appelons les pompiers, qui me transportent en urgence à l’hôpital le plus proche, Trousseau, où je suis hospitalisée en observation. Le lendemain, la gynéco de garde, convaincue que je n’allais pas accoucher, invite mon mari à rentrer pour s’occuper de nos deux « grands », l’assurant que je le rejoindrai le lendemain.
J’ai quand même eu droit à une injection de corticoïdes pour la maturation de poumons de notre bébé… on ne sait jamais !

A l’heure où il arrive à la maison et embrasse nos enfants, j’entre en salle d’accouchement ... Il a repris le train en sens inverse et Mélissa est née à 30 SA, alors qu’il arrivait en gare de Nîmes.
C’est mon 3ème accouchement, mais cette fois, il y avait un monde fou dans la salle de naissance, dont deux adorables sages-femmes, Camille et Cyrielle, qui m’ont rassurée sur les conditions d’accouchement, et tenu la main pour tenter de combler l’absence du papa.
Mélissa, qui ne respire pas, est partie directement avec l’équipe médicale.
Nous avons choisi son prénom par textos, on ne pouvait pas se résigner à la laisser partir avec l’équipe soignante sans prénom.
C’est tout ce dont je me souviens de l’accouchement … pour le reste, c’est le black-out total !

Mon amie Chloé est venue me tenir compagnie en attendant l’arrivée de mon mari, sa présence m’a clairement empêchée de sombrer dans la panique ! Il est arrivé peu avant minuit et est allé voir Mélissa, seul, dans le service de soins intensifs. Il est revenu les yeux rougis d’émotion. Il est minuit passé quand j’ai enfin l’autorisation d’aller voir ma fille. C’est le jour de mon anniversaire !
Elle pèse 1,2kg, mesure 38 centimètres et dort dans une boîte en plastique, branchée de partout...

- Photo personnelle -

Les jours passent mais ne se ressemblent pas...

Nous rencontrons l’infirmière qui s’occupe de Mélissa. Elle nous explique la couveuse, les scopes, la saturation, tous ces fils, le cathéter, les bips, ceux qui doivent nous inquiéter et les autres, les soins, les analyses, la lumière et le silence, nous découvrons un monde que nous n’avions jamais imaginé, tout un vocabulaire que nous ne connaissions pas ... celui de la prématurité. Franchement, je n’ai rien retenu ! Trop d’informations, et mon bébé, si petit, dans sa boîte en plastique…Pour essayer de dédramatiser un peu, on renomme la couveuse en « freebox ».

Il m’a fallu plusieurs jours et des tonnes de questions aux super infirmières et aux médecins pour comprendre et apprendre ce monde nouveau.
Le premier jour, la toute petite taille de mon bébé est tellement impressionnante que je n’ose pas la toucher, participer à ses petits soins... je suis terrorisée alors que je suis déjà maman de deux enfants. J’ai peur de lui faire mal, j’ai peur de l'abîmer, de faire une bêtise qui pourrait avoir de graves conséquences sur sa vie.

Et puis on ne la voit pas, son visage est caché par la Cipap (pour Continuous Positive Airway Pressure = Ventilation en Pression Positive Continue). Comment se sentir vraiment parents quand vous ne pouvez pas prendre votre bébé dans les bras sans l’aide d’une infirmière, que vous ne savez même pas à quoi ressemble son visage ?

Vient l’heure du premier peau à peau... j’avais tellement hâte de la prendre dans mes bras alors qu’elle était encore dans mon ventre. Nous avons passé 3 heures l’une contre l’autre, dans un fauteuil pas vraiment confortable, moi crispée comme jamais, et elle l’air si serein.


- Photo personnelle - 

Très vite Mélissa s’avère être une sacrée force de la nature. Elle se bat pour vivre, elle nous donne la force de nous battre avec elle. Elle est une immense leçon de vie à elle toute seule, si petite et si courageuse.

5 jours après sa naissance, il faut quitter la maternité. Ça m’a littéralement arraché le cœur, de laisser mon tout petit bébé toute seule à l’hôpital. Certains parents sont contents de quitter l’hôpital, moi je n’avais pas de « chez moi » à Paris.

Avec son Papa, nous formons une équipe de choc et trouvons notre rythme : la semaine, Papa s’occupe de Nathael et Aubeline à Montpellier et Maman pouponne Mélissa à Paris. Nous passons les week-ends ensemble à Paris et les dimanches, jour de départ, sont terriblement difficiles. Facetime et Whatsapp deviennent nos meilleurs partenaires pour supporter la distance … Les semaines me paraissent très longues. Je me sens terriblement inutile.
Heureusement, les infirmières sont merveilleuses : elles s’occupent de mon bébé comme si c’était le leur, et de mon moral qui fait les montagnes russes comme si nous nous connaissions depuis toujours.
Je les entends chanter « Mélissa métisse d’Ibiza » dans le couloir !

Mélissa fait des progrès, et des retours en arrière, et nous partageons avec son Papa, par téléphone, les bonnes nouvelles (début de l’alimentation par sonde, adieu la couveuse bonjour le lit chauffant, les 1ers sevrages de la Cipap, la mise au sein pour la toute première fois, le 1er body acheté chez Gaspard et Alice...), comme les moins bonnes (les problèmes digestifs, les bradycardies, les désaturations, les résultats de l’IRM qui ne sont pas bons, la jaunisse, l’anémie qui entraîne une transfusion...)
Très vite nous demandons à ce que Mélissa soit rapatriée au CHU de Montpellier...mais ce n’est pas possible.

La rencontre de la fratrie 

Nous avons expliqué à Nathael et Aubeline que leur petite sœur était née tôt, trop tôt, et qu’elle devait rester à « l’hôpital des bébés » pour continuer de grandir avant de pouvoir rentrer à la maison. Ils ont vu très peu de photos de leur petite sœur, parce que nous ne voulions pas qu’ils soient choqués par les fils des scopes, le cathéter, la sonde alimentaire, ainsi que l’appareillage lui permettant de respirer.
Pour fêter les 5 semaines de Mélissa, nous avons organisé une visite de fratrie. Pour cela, les enfants ont rencontré la pédopsychiatre du service puis nous avons été accompagnés par une infirmière.Cette rencontre a été un moment magique : voir tant d’amour dans les yeux de nos enfants découvrant leur petite sœur.
Avec les infirmières, nous avions calé la période de sevrage de la Cipap et le retrait de la sonde alimentaire sur l’heure de visite de fratrie, pour que les enfants n’aient pas peur de tous ces fils. Ils n’ont eu d’yeux que pour leur « mini sœur », et n’ont vu ni la couveuse, ni les fils des scopes !

- Photo personnelle - 

Le retour à la maison

Petit à petit, Mélissa atteint tous les tous les objectifs pour pouvoir rentrer à la maison : la régulation de sa température, l’autonomie dans la respiration, l’autonomie dans l’alimentation, l’atteinte de la barre des 2kg et l’absence de bradycardie pendant 48 heures.
Après 7 semaines et demie d’hospitalisation parisienne, nous avons enfin l’aval des médecins pour rentrer à la maison !

Rien n’est prêt : il nous faut repartir en train, une des infirmières m’apprend le portage en écharpe pour pouvoir rentrer (et ça nous servira encore et encore par la suite !), le papa de Mélissa nous rejoint en train pour qu’on rentre ensemble à la maison.
Nous voilà enfin réunis tous les 5 !

- Photo personnelle - 

Puis c’est rapidement la panique : Mélissa hurle de douleur (merci le RGO), le 1er rendez-vous de suivi de sa prématurité est prévu dans un mois, impossible de savoir si elle prend correctement du poids. Aucune hospitalisation à domicile n’a été prévue. C’est la puéricultrice de la PMI qui venait peser Melissa deux fois par semaine.

Travaillant à mon compte, j’ai pris un congé de 9 mois pour lui permettre de grandir dans un cocon, encore un peu.

Aujourd’hui, Mélissa a soufflé ses 3 bougies 

Elle est en pleine forme, elle a rattrapé les courbes de croissance et de poids à 18 mois d’âge réel. Nous ne comptons plus en âge corrigé. Les rendez-vous dans le cadre du suivi de la prématurité ont lieu une fois par an. Mélissa n’a aucune séquelle de sa prématurité, si ce n’est sa peur de l’abandon. Elle est un vrai petit clown, avec un caractère bien affirmé (mais ça, les infirmières en soins intensifs m’avaient prévenue !)

- Photo personnelle - 

Nous sommes toujours en relation avec les douces fées qui se sont penchées sur son incubateur, c’est important qu’elle connaisse son histoire pour bien grandir et Fanny, Mélanie, Nolwenn, Gaëlle, Lily et les autres en font partie.

De mon côté, toujours marquée par cette épreuve, je me suis engagée comme ambassadrice au sein de l’association À Bras Cadabra, qui œuvre pour les bébés nés prématurément, les bébés nés sous le secret et les bébés anges. C’est une association présente un peu partout en France.
C’est fou comme on peut se sentir seuls en tant que parents d’un bébé né trop tôt, et pourtant on était très entouré par nos familles et nos amis. J’ai souhaité, à mon tour, pouvoir apporter soutien et réconfort aux parents confrontés à laprématurité et adoucir les conditions d’hospitalisation des bébés.
Avec les bénévoles d’A Bras Cadabra, et notamment celles de l’antenne de l’Hérault, nous offrons des trousseaux de première nécessité aux bébés plumes et aux bébés nés sous le secret, ainsi que des draps, des couvertures de peau à peau, des housses de coussin d’allaitement, des turbulettes, des caches-couveuse, des langes et des angelines que nous remettons aux services de néonatalogie.

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